Note d'Intention

Obskura quoi ? Qu'est-ce ? Pourquoi ? 

L’Obskuravu célèbre avant tout par les mots la poésie enthousiaste de la vie. Quand on ressent il faut nommer et quand on nomme on ressent plus, on ressent mieux.

J’entends souvent que « Les mots sont un outil merveilleux ». Je ne pense pas que cela soit vrai. Les mots ne sont pas un « outil ».

Les mots sont un océan, un art, un risque. Ils sont un essai, une chute, parfois. Rarement : un point juste. Ils sont des créatures fascinantes et effrayantes qui écorchent ou pansent à leur gré.

Musset disait qu’il y a en chacun de nous un monde. Il en va de même pour les mots qui renferment chacun l’essence d’une promesse, un cri chuchoté, le froissement d’un souffle murmuré du cœur au corps.

Si vous voulez voir ce que sont les mots, il faut tendre l’oreille et les approcher doucement, sans bruit, en écoutant l’écho de nos âmes dans leurs cavernes mystérieuses.

Il faut les choisir à un à un, avec précaution. Il faut leur proposer des alliances, former des groupes, faire et défaire leur ordre sans jamais se satisfaire ; jusqu’à, peut-être, quand on n’y croyait plus, et qu’on était sur le point d’abandonner, parvenir à finalement en aligner suffisamment pour faire une phrase. Mais qu’est-ce qu’une phrase ? La fragile tentative de dire quelque chose.

Quand la première phrase est écrite, il faut la mettre dans le corps de l’acteur et la proposer au spectateur. Il faut l’abandonner à la sensibilité de l’autre et partir, comme un soleil qui dépasse l’océan pour s’en aller reposer de l’autre côté du monde.

Il faut jouer, avec conviction et grâce. Et puis il faut attendre, honnêtement, humblement. Espérer que celui qui reçoit soit guéri quelque part, qu’il puisse pardonner ; ou bien qu’il puisse rire et éclore un peu plus, s’améliorer ; ou encore qu’il se repose dans ses souvenirs, qu’il contemple tout ce qu’il a déjà vécu.

Et quand l’osmose se fait sentir, alors, il faut sourire. Modestement, se relâcher. Poser la plume. Baisser le regard. S’en remettre.

Et recommencer, peut-être, si on en a la force, une deuxième phrase. Et un autre spectacle.

Voilà ce que nous tentons ici de faire avec les mots.

Chloé Oster